De 10 de moyenne au bac à l’ENS Lyon : Le parcours de Timothée Peyrel (promotion 2021-2024)
03-02-2026
Timothée Peyrel est entré à Blomet en septembre 2021 après une première année de licence d’histoire, avec un bac S sans mention et une moyenne générale autour de 10. Trois ans plus tard, il intégrait l’ENS Lyon en histoire (26e à l’admission). Son témoignage raconte une progression construite patiemment : comment trouver du sens au travail, structurer sa méthode, et transformer la prépa en une expérience intellectuellement stimulante plutôt qu’en simple marathon.
« C’était la première fois que je travaillais autant et aussi régulièrement. Ce qui m’a le plus marqué dès les premiers mois, c’est le plaisir que je prenais à travailler et à apprendre, loin de ce à quoi je m’attendais. »
Mais ce n’est pas l’accumulation d’heures qui fait la différence. Le véritable tournant survient lorsque le travail cesse d’être seulement une réponse aux attentes scolaires pour devenir un espace de stimulation intellectuelle.
« À partir du moment où j’ai commencé à trouver ça intellectuellement stimulant, le rythme de travail s’est mis en place presque tout seul. Ce n’est pas que je me forçais moins, mais j’avais l’impression que chaque heure travaillée servait vraiment à quelque chose. »
Ce déclic n’est pas lié à une matière en particulier, mais à une manière nouvelle d’aborder les problèmes : lire autrement, comparer des textes, formuler des hypothèses, tenter des plans.
« La dissertation, c’est vraiment l’exercice qui structure tout. Même quand je lisais ou que je révisais un cours, je pensais en termes de problèmes, de thèses, d’objections. »
Apprendre à problématiser, à construire une argumentation, à hiérarchiser ses idées devient progressivement un réflexe qui dépasse le cadre des devoirs sur table.
La dissertation impose aussi une discipline du temps et de la clarté :
« On apprend à accepter de ne pas tout dire, mais à dire quelque chose de solide. »
Pour lui, surmonter les difficultés méthodologiques (notamment en lettres et en philosophie) passe par une démystification rationnelle des attendus du concours :
« Plus la dissertation était laborieuse pour moi dans une matière, plus je creusais dans le détail les attendus méthodologiques du concours. Je lisais beaucoup de rapports de jury et de bonnes copies glanées à droite à gauche pour comprendre concrètement ce qui fonctionnait, jusque dans les tournures de phrases. »
Cette organisation permet surtout de sortir de l’urgence permanente et de construire une vision d’ensemble. Le travail suit alors une progression logique qui limite le stress.
« Voir comment les autres raisonnaient, ça m’a énormément aidé. Quand quelqu’un faisait une très bonne copie, ça donnait envie de comprendre pourquoi. »
Loin de générer une concurrence paralysante, cette émulation crée une dynamique de progression commune :
« Avec mes camarades, la compétition était une sorte de jeu, de défis à chaque épreuve mais sans caractère vraiment sérieux. Cette stimulation était une source de motivation et donc de progrès importante mine de rien. »
Le travail de groupe permet aussi de verbaliser ses idées, de tester des intuitions, de corriger des incompréhensions :
« Expliquer un raisonnement à quelqu’un, c’est souvent là qu’on se rend compte de ce qu’on n’a pas vraiment compris. »
« Je me suis concentré pendant l’année sur moins d’une dizaine d’auteurs que je maîtrisais relativement bien, et 3 ou 4 que je connaissais plus intimement. J’allais lire au maximum les textes du philosophe en lien avec le sujet, en commençant souvent par des commentateurs et des dictionnaires, en fichant la progression de sa pensée. »
« Je devais avoir en mémoire entre 5 et 10 passages par œuvre au programme, complétés par 3 ou 4 passages par œuvre complémentaire. Ces exemples n’étaient pas directement liés à un argument ; ils devaient me permettre de les utiliser dans différents types de sous-parties. »
« J’ai fait régulièrement de la grammaire et du vocabulaire, mais ce qui m’a le plus aidé c’est de lire en anglais tous les jours : romans policiers, textes faciles, puis classiques de la littérature anglaise. Je ne cherchais pas à traduire tout ce que je ne comprenais pas. J’ai beaucoup progressé en langue et en compréhension. »
« La gestion du temps doit devenir un réflexe. Le jour du concours, ce ne doit même plus être une question. Dès le brouillon, je gardais un œil sur ma montre et j’allouais à chaque étape un certain temps à respecter : 1h30 pour le brouillon, 30 min pour l’intro, 1h par grande partie. Si je prenais du retard, j’acceptais d’être plus synthétique pour pouvoir finir la copie. »
Pour lui, la réussite tient souvent moins à l’inspiration qu’à cette capacité à mener une démonstration complète et maîtrisée.
Khâgne (carré) : Sous-admissibilité avec 112 points (dernier admissible : 113 points)
Écrits :
Il mentionne particulièrement ses professeurs de philosophie qui l’ont introduit à de nombreux auteurs, ses professeurs d’histoire et de spécialité qui ont conforté sa passion pour la discipline, et tous ceux dont l’investissement a été « une des principales causes de ma réussite des concours ».
Il s’est inscrit en parallèle à une licence 2 de droit à l’université Lyon 3 pour préparer les concours de la fonction publique. Il a effectué un stage à la ville de Paris (direction des espaces verts) et envisage des stages en ambassade ou dans l’administration.
Son mémoire porte sur le rôle des juristes dans la critique de la République en France pendant l’entre-deux-guerres et leur rapport à la sortie de la légalité.
« Le statut de normalien ouvre un certain nombre de portes pour postuler à d’autres formations et à des stages. Il y a de nombreuses offres réservées aux élèves-fonctionnaires dans les ministères et les ambassades. Le réseau de l’ENS est un atout surtout dans le domaine de la recherche, mais aussi à travers des partenariats avec Sciences Po Paris, HEC, Centrale. »
1. Le déclic : quand le travail devient intellectuellement stimulant
Au début de l’hypokhâgne, Timothée découvre un rythme de travail qu’il n’avait jamais connu :« C’était la première fois que je travaillais autant et aussi régulièrement. Ce qui m’a le plus marqué dès les premiers mois, c’est le plaisir que je prenais à travailler et à apprendre, loin de ce à quoi je m’attendais. »
Mais ce n’est pas l’accumulation d’heures qui fait la différence. Le véritable tournant survient lorsque le travail cesse d’être seulement une réponse aux attentes scolaires pour devenir un espace de stimulation intellectuelle.
« À partir du moment où j’ai commencé à trouver ça intellectuellement stimulant, le rythme de travail s’est mis en place presque tout seul. Ce n’est pas que je me forçais moins, mais j’avais l’impression que chaque heure travaillée servait vraiment à quelque chose. »
Ce déclic n’est pas lié à une matière en particulier, mais à une manière nouvelle d’aborder les problèmes : lire autrement, comparer des textes, formuler des hypothèses, tenter des plans.
2. La dissertation comme matrice de la pensée
Dans ce processus, la dissertation joue un rôle central. Elle devient bien plus qu’un exercice parmi d’autres :« La dissertation, c’est vraiment l’exercice qui structure tout. Même quand je lisais ou que je révisais un cours, je pensais en termes de problèmes, de thèses, d’objections. »
Apprendre à problématiser, à construire une argumentation, à hiérarchiser ses idées devient progressivement un réflexe qui dépasse le cadre des devoirs sur table.
La dissertation impose aussi une discipline du temps et de la clarté :
« On apprend à accepter de ne pas tout dire, mais à dire quelque chose de solide. »
Pour lui, surmonter les difficultés méthodologiques (notamment en lettres et en philosophie) passe par une démystification rationnelle des attendus du concours :
« Plus la dissertation était laborieuse pour moi dans une matière, plus je creusais dans le détail les attendus méthodologiques du concours. Je lisais beaucoup de rapports de jury et de bonnes copies glanées à droite à gauche pour comprendre concrètement ce qui fonctionnait, jusque dans les tournures de phrases. »
3. Organiser le temps plutôt que le subir
C’est en troisième année (cube) que cette maturation intellectuelle s’accompagne d’une méthode de travail pleinement structurée. Timothée organise son travail à plusieurs échelles temporelles :Le temps long (dans le mois à venir)
« Je notais les grosses échéances à venir, surtout pour les avoir en tête. Je n’étais pas assez en avance pour travailler un devoir un mois avant, mais au moins je savais ce qui arrivait. »Le temps moyen (dans la semaine)
« Je notais les colles, exercices et DST de la semaine, en programmant ce qu’il fallait apprendre au fur et à mesure. D’abord ficher le cours, puis l’apprendre, et si j’avais le temps m’entraîner un peu sur des sujets. »Le temps court (le jour à venir)
« Je programmais ce que j’allais faire le lendemain par blocs d’heures allouées à chaque matière. »Cette organisation permet surtout de sortir de l’urgence permanente et de construire une vision d’ensemble. Le travail suit alors une progression logique qui limite le stress.
4. Le collectif : travailler seul, progresser ensemble
Contrairement à une image parfois très solitaire de la prépa, le collectif joue un rôle déterminant. Discussions informelles, échanges de plans, comparaison de copies : le travail des autres devient une source constante de stimulation.« Voir comment les autres raisonnaient, ça m’a énormément aidé. Quand quelqu’un faisait une très bonne copie, ça donnait envie de comprendre pourquoi. »
Loin de générer une concurrence paralysante, cette émulation crée une dynamique de progression commune :
« Avec mes camarades, la compétition était une sorte de jeu, de défis à chaque épreuve mais sans caractère vraiment sérieux. Cette stimulation était une source de motivation et donc de progrès importante mine de rien. »
Le travail de groupe permet aussi de verbaliser ses idées, de tester des intuitions, de corriger des incompréhensions :
« Expliquer un raisonnement à quelqu’un, c’est souvent là qu’on se rend compte de ce qu’on n’a pas vraiment compris. »
5. Les méthodes de travail par matière
Philosophie
En philosophie, Timothée privilégie la profondeur à l’exhaustivité :« Je me suis concentré pendant l’année sur moins d’une dizaine d’auteurs que je maîtrisais relativement bien, et 3 ou 4 que je connaissais plus intimement. J’allais lire au maximum les textes du philosophe en lien avec le sujet, en commençant souvent par des commentateurs et des dictionnaires, en fichant la progression de sa pensée. »
Lettres
Pour les œuvres au programme, il constitue un « exemplier » :« Je devais avoir en mémoire entre 5 et 10 passages par œuvre au programme, complétés par 3 ou 4 passages par œuvre complémentaire. Ces exemples n’étaient pas directement liés à un argument ; ils devaient me permettre de les utiliser dans différents types de sous-parties. »
Histoire
« Mon travail en histoire était assez simple : je fichais le cours au fur et à mesure et je l’apprenais régulièrement toute l’année (événements, historiographie, chiffres, exemples). J’apprenais le plan du cours par cœur pour avoir une structure claire en tête. »Anglais
L’anglais était l’un de ses plus gros points faibles en fin d’hypokhâgne. Sa stratégie :« J’ai fait régulièrement de la grammaire et du vocabulaire, mais ce qui m’a le plus aidé c’est de lire en anglais tous les jours : romans policiers, textes faciles, puis classiques de la littérature anglaise. Je ne cherchais pas à traduire tout ce que je ne comprenais pas. J’ai beaucoup progressé en langue et en compréhension. »
6. Le concours : la gestion du temps comme réflexe
Au moment des concours, la discipline temporelle devient un automatisme :« La gestion du temps doit devenir un réflexe. Le jour du concours, ce ne doit même plus être une question. Dès le brouillon, je gardais un œil sur ma montre et j’allouais à chaque étape un certain temps à respecter : 1h30 pour le brouillon, 30 min pour l’intro, 1h par grande partie. Si je prenais du retard, j’acceptais d’être plus synthétique pour pouvoir finir la copie. »
Pour lui, la réussite tient souvent moins à l’inspiration qu’à cette capacité à mener une démonstration complète et maîtrisée.
7. Résultats et progression
Les résultats de Timothée illustrent une progression constante :Khâgne (carré) : Sous-admissibilité avec 112 points (dernier admissible : 113 points)
- Histoire : 15,5
- Spé-histoire : 18,5
- Géographie : 18
- Spé-géographie : 17
- Anglais : 12
- Philosophie : 10
- Lettres : 10,5
Écrits :
- Géographie : 20
- Spé-géographie : 18
- Philosophie : 16 (+6)
- Spé-histoire : 15,5
- Histoire : 15
- Lettres : 14,5 (+4)
- Anglais : 12,5
- Spé-histoire : 15
- Anglais : 13
- ASH : 13
- Spé-géographie : 13
- Lettres : 8
8. Conseils aux futurs candidats
Pour les hypokhâgneux
« Il faut profiter de l’hypokhâgne pour ouvrir ses horizons le plus largement possible car ce sera plus difficile en khâgne avec la pression du concours. Expérimentez différentes méthodes de travail et petit à petit systématisez celles qui fonctionnent le mieux. Comblez vos lacunes : orthographiques, méthodologiques, en langues, lectures incontournables. »Pour les khâgneux
« Un bon moyen de faire la différence, c’est d’aborder le concours et les épreuves de façon rationnelle. La majorité des points s’obtient en cochant des attendus clairs et précis. Il faut vraiment se concentrer sur ces attendus plus ou moins explicités par les rapports de jury pour se fondre complètement dans le moule du concours. »Sur la différence entre un bon candidat et un candidat admis
« La capacité de travail, la motivation et le bagage de connaissances permettent aux bons candidats de se distinguer, mais à partir d’un certain niveau, il y a une très grosse part de chance et d’aléatoire. Tous les bons candidats arrivent au concours avec des connaissances assez proches donc il faut se battre pour le moindre petit point à glaner à chaque épreuve qui pourra faire la différence à la fin. »Sur les ressources
« Un type de ressource qui m’a bien aidé et qui est à considérer sans mépris, ce sont tous les manuels et ouvrages de synthèse parfois même destinés à des lycéens mais qui permettent de se familiariser avec des auteurs ou des notions. »9. Pourquoi Blomet ?
Timothée insiste sur plusieurs points qui ont fait la différence dans son expérience à Blomet :Les locaux
« L’ambiance de travail était idéale. C’est une chance, voire un luxe, de ne pas avoir à aller en bibliothèque et de travailler tous les jours dans le même cadre et avec les mêmes camarades. Le fait de rester au CDI jusqu’à 21h-22h en semaine et de travailler le weekend a grandement contribué à maintenir ma motivation pendant ces trois années. »L’accompagnement des professeurs
« Je recommanderais Blomet notamment pour la place laissée par les professeurs à la progression. Quand je suis entré en prépa, j’avais beaucoup de points faibles mais je n’ai pas ressenti de volonté de saquer les élèves. J’ai ressenti chez les professeurs une volonté de nous faire progresser tout au long de mon cursus plus que de nous trier. »Il mentionne particulièrement ses professeurs de philosophie qui l’ont introduit à de nombreux auteurs, ses professeurs d’histoire et de spécialité qui ont conforté sa passion pour la discipline, et tous ceux dont l’investissement a été « une des principales causes de ma réussite des concours ».
La proximité entre élèves
« Les locaux, très bien situés, permettent une grande proximité entre les élèves, ce qui aide à garder la motivation. On ne se retrouve pas à travailler seul chez soi ou en bibliothèque, on est toujours entourés de ses camarades. J’ai gardé contact avec une bonne partie de mes amis de Blomet ; on a passé tellement de temps et d’épreuves ensemble que nous sommes devenus très proches. »10. Après l’ENS : la vie de normalien
Timothée est actuellement en master de sciences sociales (parcours histoire) à l’ENS Lyon. Il suit des cours d’histoire de l’État, d’histoire du Saint-Empire romain germanique, d’histoire de l’enseignement supérieur, ainsi qu’une formation aux méthodes de recherche qualitatives et quantitatives.Il s’est inscrit en parallèle à une licence 2 de droit à l’université Lyon 3 pour préparer les concours de la fonction publique. Il a effectué un stage à la ville de Paris (direction des espaces verts) et envisage des stages en ambassade ou dans l’administration.
Son mémoire porte sur le rôle des juristes dans la critique de la République en France pendant l’entre-deux-guerres et leur rapport à la sortie de la légalité.
« Le statut de normalien ouvre un certain nombre de portes pour postuler à d’autres formations et à des stages. Il y a de nombreuses offres réservées aux élèves-fonctionnaires dans les ministères et les ambassades. Le réseau de l’ENS est un atout surtout dans le domaine de la recherche, mais aussi à travers des partenariats avec Sciences Po Paris, HEC, Centrale. »