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Mot du directeur de Saint Jean

Chers parents,

Je profite de l’opportunité que me laisse la lettre aux familles pour exprimer une conviction qui m’anime, et réfléchir avec vous sur les buts profonds que tout éducateur devrait poursuivre au-delà de la simple transmission de savoirs et de connaissances.

Mes réflexions s’appuient pour l’essentiel sur une présentation opérée par Xavier Manzano d’un texte du magistère promulgué en 1965, «  gravissimus educationis ».

Que nous dit cette déclaration sur l’éducation chrétienne ? Elle indique en particulier que «  le but que poursuit la véritable éducation est de former la personne humaine dans la perspective de sa fin la plus haute, et du bien des groupes dont l’homme est membre et au service desquels s’exercera son activité d’adulte ». Phrase riche de sens sur laquelle j’aimerais m’arrêter un instant avec vous en la replaçant dans un contexte scolaire.

« Former la personne humaine dans la perspective de sa fin la plus haute » ; pour les croyants cela signifie sans doute qu’il faut préparer à l’éternité, ils auront sans doute raison. On peut cependant déjà interpréter cette maxime comme permettre à chaque individu de dévoiler et d’incarner pleinement  le visage potentiel qui est le sien ; ce qui revient à dire qu’il faut que l’école puisse conduire les élèves à devenir ce qu’ils sont. La perspective semble une évidence, elle ne va pourtant pas toujours de soi… Chez l’homme en effet, contrairement à la plupart des animaux qui naissent « aboutis », l’identité se construit. Cela doit donc pousser l’école à être particulièrement vigilante à reconnaître et accueillir  tous les talents, et à encourager leur épanouissement.

A travers cette motivation, l’école se trouve ainsi invitée  à valoriser l’originalité de chaque personne. Il faut que les élèves, puisqu’ils sont porteurs d’une singularité, mesurent qu’ils sont irremplaçables ; et qu’à ce titre, ils peuvent (et d’une certaine manière ils doivent) amener quelque chose d’unique au monde. Cette conviction n’est hélas pas partagée de tous, et il n’est pas rare que l’on rencontre des personnes estimant n’avoir rien à apporter. Gardons-nous de cette vision mortifère !

Cette place accordée au développement personnel porte toutefois en elle-même  un risque vis-à-vis duquel il faut rester vigilant : celui d’un développement égocentré et exclusif, qui porte à percevoir l’autre comme une gêne et qui pousse à vouloir le nier. Soyons en  conscients et conservons à l’esprit  que cette tendance fâcheuse est naturellement présente en chacun de nous.

Il faut au contraire sensibiliser les enfants au fait que le vrai accomplissement personnel ne se réalise qu’avec et grâce aux autres et que si il est au service (« former la personne humaine dans la perspective […] du bien des groupes dont l’homme est membre et au service desquels s’exercera son activité d’adulte »).

A nous donc de proposer des occasions au cours desquelles les élèves puissent expérimenter combien ils ont besoin des autres ;  et découvrir combien eux-mêmes leur sont indispensables en retour : ils peuvent les servir en s’appuyant sur leurs talents personnels qu’il s’agit de « déployer » le plus possible.

Soyez assurés de ma vigilance éducative pour mettre en œuvre ce projet.

 

Vincent Cavalier

19-06-2018 Rédigé par Vincent Cavalier