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Histoire de l’ECOLE NORMALE CATHOLIQUE

Voici le discours de Monsieur François Hébert, délégué de la Tutelle jusqu’en 2013, pour le centenaire de l’ENC : 1906 – 2006.

Depuis 1906 ces trois mots ont orné et ornent encore les frontons de plusieurs bâtiments de la Rive gauche de Paris et plus spécialement du 15ème arrondissement.

D’où vient cette association de mots ? Pourquoi pas l’Ecole Saint Truc ou Sainte Chose ?

La réponse est dans la rencontre historique entre la vocation d’une jeune femme « Louise Desrez » et l’évolution des relations entre l’Église de France et la République.

En 1906 Louise Desrez a 48 ans, elle est enseignante depuis toujours et a dirigé depuis 18 ans des écoles libres ou des cours privés et même pendant 4 ans une école d’état

1906 : Des débuts rue de Rennes dans la foi en la Providence

La loi du 7 juillet 1904 ordonne la dissolution des congrégations religieuses autorisées, les obligeant à se réfugier dans des pays voisins. C’est alors que Louise DESREZ comprit la nécessité de réaliser un projet depuis longtemps réfléchi en fondant une « Ecole Normale Catholique » avec la mission de former, pour l’enseignement secondaire libre, des professeurs laïques doués à la fois d’une large culture et d’une solide formation religieuse. Ce qu’elle réalisa en octobre 1906 en ouvrant, dans un appartement de la rue de Rennes, avec un petit cours primaire, une section de normaliennes.

C’était, en plein conflit sur la laïcité, 60 ans avant la contribution du Concile Vatican II sur le rôle des laïcs dans l’Église, la première école vivant la vraie liberté puisqu’à la fois laïque et religieuse et, qui plus est, entièrement féminine, autre gageure pour l’époque.

Dès la première année Louise Desrez s’était assurée du concours de professeurs agrégés ou licenciés venant pour la plupart de l’Institut Catholique de Paris ou du collège Stanislas mais il n’y a qu’une dizaine de normaliennes parmi les élèves.

L’année suivantes elles sont 20 et, parmi elles, Marguerite Eymard qui sera plus tard appelée à prendre la succession de Louise Desrez.

Très vite le problème de place se pose, mais comment songer à s’agrandir alors que vivre est déjà difficile tant la pauvreté est grande,…, mais aussi la générosité : Témoin cette anecdote.

Un soir il ne reste plus que 5 francs en caisse avec lesquels une collaboratrice est priée d’aller acheter 5 tranches de jambon pour le dîner. Elle revient avec le jambon et la pièce.. le charcutier lui avait confiance, pourtant cette dernière pièce était fausse… Pendant le dîner, coup de sonnette, c’est une bienfaitrice, connaissant les difficultés de l’école, qui vient discrètement offrir une bourse de pièces d’or.

Les professeurs qui ne percevaient pas toujours leur traitement s’estimaient, selon l’humour de l’un d’eux, heureux de n’avoir rien à payer. Il y avait beaucoup de réductions, voire la gratuité, au profit des élèves. Les recettes ne couvraient pas les dépenses et en 1910 le Conseil d’Administration était décidé à fermer l’école.

1912 : De la rue de Rennes à l’hôtel particulier de la rue de Sèvres

Cela n’empêche pas Mlle Desrez de continuer à chercher des locaux plus spacieux.

Le 9 juin 1912 le Conseil d’Administration devait décider de la fermeture et attendait Louise Desrez dont l’exactitude était pourtant proverbiale. Elle arrive enfin essoufflée : elle avait été retenue chez le notaire pour signer le bail de l’hôtel du 159 rue de Sèvres moyennant un loyer de 12000 francs annuels trouvés, une fois de plus, auprès de la même bienfaitrice Mlle de Coëtlosquet.

rue-de-sevres   rue-de-sevres
À peine installé rue de Sèvres c’est la guerre, les professeurs hommes sont mobilisés, les jeunes normaliennes, dont Mlle Eymard, assurent leur remplacement même dans les collèges de garçons.

Ces rudes années de guerre altérèrent fortement la santé de Louise Desrez qui dès 1920 demande à Mlle Eymard de la seconder dans la direction de l’école, en se consacrant plus spécialement à sa mission première : la formation des futurs professeurs.

Le 24 mars 1923 Louise Desrez meurt. Lors de ses obsèques solennelles ses élèves et anciennes élèves venues de Paris et de province se rendent l’Église Saint Jean-Baptiste de la Salles trop petite.

L’une d’elles écrit : «  souple comme l’influence divine, elle attendait l’heure propice, nous élevait vers Dieu, nous montrait la voie haute…Avec sa rare lucidité, elle discernait la part de Dieu et la part réduite de l’intervention humaine dans la formation d’un cœur. Nous baignions dans la Foi mais sans contrainte. »

1933 : Déjà, des locaux trop exigus : Déménagement vers la rue Blomet

Echafaudage
L’œuvre était fondée, restait à l’asseoir, ce fut le premier souci de Mlle Eymard. De nouveau les locaux sont trop exigus, il y a 500 élèves, et le propriétaire souhaite vendre. Tous les ans il faut négocier le maintien dans les lieux tout en cherchant ailleurs.
Après de nombreuses démarches, recherches et visites Mlle Eymard découvre en mai 1933, rue Blomet un vaste terrain propice à la construction d’une école, l’acte d’achat est signé le 30 juin.

Quant à l’argent pour construire il fut vite trouvé au moyen d’une souscription bouclée en 48 heures tant la confiance régnait :

  • les parents apportèrent 2 millions
  • les anciennes élèves 275 000 francs
  • les professeurs 120 000 francs (admirable au regard de leurs émoluments)
  • des amis comblèrent le reste
  • un élève du petit collège vint même apporter le contenu de sa tirelire à Mlle Eymard.

Etre-et-non-paraitre-Hist.-de-l'ENC-140
Le 1er mars 1934 la première pierre est bénite par Mgr Chaptal, auxiliaire de Cardinal Verdier qui, lui-même, viendra bénir cette nouvelle maison le 20 décembre.
Pendant les 20 ans qui suivent l’école se développe passant de 600 à 1000 élèves, dans une atmosphère de travail profond et de simplicité selon les vœux de sa directrice qui disait : « Soyons d’abord, nous paraîtrons ensuite. »

1952 : les sœurs de la Société de Jésus Christ

Mlle Eymard, après avoir : « bien servi l’Église et la France » comme le disait Mgr Blanchet en lui remettant la croix de Chevalier de la Légion d’Honneur, sentit à son tour le besoin de se décharger et d’assurer la pérennité de son œuvre. Elle se souvint de son ancienne condisciple, au début de l’ENC, Mlle Bayle, entrée dans une congrégation enseignante lyonnaise, et c’est ainsi que l’ENC et l’école Chevreul de Lyon, œuvres fondées à peu près à la même époque et au milieu des mêmes difficultés, inspirées de la même pédagogie ignatienne, après avoir grandi parallèlement, se sont rencontrées pour s’unir en 1952.

De 1952 à 1954 de nombreux membres de la congrégation s’investiront à l’ENC dont Mlle Humbert, ici présente. En 1956, il y a 50 ans, Mlle Guérin, succédant à Mlle Deshaires, prend officiellement la direction de l’école.

Devant-le-pavillon   Cour-avant
Depuis se sont succédées trois directrices membres de la congrégation, Mlle Rocques, Marin et Duvault.

Ces 50 années, marquées :

  • par l’adoption de la nouvelle Loi sur l’enseignement privé (loi Debré) qui conduira l’école à signer un contrat d’association avec l’état en 1961
  • par la tentative de nationalisation de l’enseignement privé

ont vu encore se développer l’audience de l’école, confortée en 1988 par l’extension de la mixité au collège et au lycée et aussi par l’ouverture de la première classe préparatoire de Lettres Supérieures.

Le manque de locaux se fait à nouveau sentir auquel il sera répondu par différentes acquisitions et constructions :

  • 1957 achat du terrain voisin de l’annexe St Jean
  • 1971/72 construction des nouveaux bâtiments du primaire rue Blomet
  • 1988 construction d’un nouvel immeuble dans la cour arrière
  • 1992 aggrandissement de l’annexe St Jean
  • 1997 aménagement du pavillon pour installer les classes préparatoires
  • 2002/04 création, sous la cour, des salles de technologie, multimédia et Baudelaire

Voilà survolées les 100 premières années de L’Ecole Normale Catholique.

Il s’en dégage en premier un sentiment d’admiration et de reconnaissance pour cette équipe de directrices et de professeurs qui, à travers les difficultés de la pauvreté, de la guerre et du travail ont osé soutenir et sauver l’enseignement libre.

Ensuite un sentiment de confiance envers la Providence qui conduit ceux qui se confient en elle. C’est cette confiance dans la Providence qu’elles nous ont transmise et dont nous sommes :

  • Compagnie de Marie-Notre-Dame
  • Union générale des Écoles Chevreul
  • Professeurs et personnels de l’ENC

Les HERITIERS ;

C’est aussi cette confiance qui nous donne aujourd’hui, avec Françoise Moëller le désir et le plaisir, avec vous, de continuer cette œuvre.

Fin du discours de François Hébert (2006).

2004 : la compagnie de Marie Notre Dame

En mars 2004, la compagnie de Marie Notre Dame et la Société de Jésus-Christ ont fusionné ; les sœurs ont sous leur tutelle 14 établissements qui sont restés sous la tutelle respective de l’ACEL (CMND) et de l’UGEC (Société de JC) jusqu’en 2011. C’est cette année qu’elles se sont regroupées dans le « réseau éducatif de la Compagnie Marie Notre Dame ».

Se succèdent à la tête de l’École Normale Catholique Philippe Cléac’h (septembre 2006) et Gonzague de Monicault (septembre 2013).

L’entretien des locaux et leur extension se poursuivent : aménagement des 5e, 6e et 7e étages du bâtiment central avec la création de 5 laboratoires de sciences (été 2010), surélévation de la salle Matisse par la salle Michel Ange (été 2014), aménagement de la loge de la gardienne de Saint Jean (été 2015).

En septembre 2015, une nouvelle filière de droit en classe préparatoire est ouverte en partenariat avec l’université de Panthéon – Assas.

L’École Normale Catholique, à travers ces développements, reste fidèle à son histoire : témoin ces deux photos d’une partie de la promotion de 1965 telle qu’elle était en 1958 et telle qu’elle se retrouve en 2015 pour fêter ses 50 ans !

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04-07-2019 Rédigé par gonzague demonicault

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